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Les rencontres de la Photographie à Arles. Fashion-artmagazine fait un focus sur les photographes Mexicains et la rétrospective sur les clichés inédits de la Révolution mexicaine. PDF Imprimer Envoyer
Samedi 23 Juillet 2011 06:37

ÉDITION 2011

 

4 juillet - 18 septembre

 

Mexique :


Photographie

et Révolution

 

 

Pour leur 42ème édition, les Rencontres d’Arles mettent à l’honneur le Mexique avec plusieurs expositions tant historiques que contemporaines, qui révèleront le travail d’artistes et de commissaires d’exposition mexicains.

Le Mexique est l’invité d’Arles pour son exceptionnelle histoire photographique.


Des vintages de la révolution mexicaine (1910), premier moment de la photographie documentaire moderne, sont rassemblés pour la première fois.

Très belles rétrospectives consacrées à Graciela Iturbide et aux spectaculaires faits divers d’Enrique Metinides.

Et aussi une sélection d’artistes contemporains qui montrent leur distance critique sur la société mexicaine d’aujourd’hui  ; les écarts de richesse, la vie quotidienne, la violence, l’identité sont la matière brute de leurs photographies, avec  :
Maya Goded, Daniela Rossell, Iaki Bonillas, Dulce Pinzn et Fernando Montiel Klint.

 

Jimmy Hare

 

Le plus grand photographe de guerre.

Ici la Révolution Mexicaine

 

Manuel Ramos. Francisco Villa et Emiliano Zapata dans le Palais National de Mexico, décembre 1914. Collection personnelle de Manuel Ramos/Fondation Televisa.

Lorsque j’ai vu pour la première fois les photographies que l’Anglais Jimmy Hare avait prises à Ciudad Juárez en 1911, j’ai eu l’impression d’être face à quelque chose que je ne connaissais pas. Cette impression me troublait, car ces clichés avaient été pris, précisément, dans ma ville natale. À quoi tenait donc ce mystère ? Au début, j’ai cru qu’il était dû au regard audacieux qui caractérise ce grand photographe de guerre. Pourtant, les années passant, je me suis rendu compte que c’était autre chose qui m’avait déconcerté : l’idée de la révolution qui avait durant bien longtemps dominé mon imagination venait d’un ensemble d’images publiées régulièrement pendant soixante ans, parmi lesquelles, bien entendu, ne figurait aucune de Jimmy Hare, ni celles non plus de nombreux autres photographes.”

Dès lors, ne manquait-il pas une histoire de la photographie de la révolution, incluant cette fois la plupart des regards qui avaient laissé des traces de cette période historique ? C’est ce que nous avons fait dans le livre Mexique : photographie et Révolution* (Lunwerg Editores). “

 

Dans ce travail, nous nous sommes efforcés tout particulièrement de découvrir pourquoi et par quels mécanismes une telle quantité de photographies n’avaient pas circulé à l’époque, et comment cette absence avait pu avoir un impact sur la mémoire visuelle de notre pays.

L’exposition que nous présentons à Arles nous a posé un nouveau défi, car elle s’est certes appuyée sur ce livre, mais elle a exigé d’élaborer un discours presque exclusivement fondé sur les impressions d’époque disponibles pour un envoi en France.

Le résultat est extrêmement intéressant, car loin de poser problème pour la collection, ces photographies qui n’apparaissent pas dans le projet éditorial sont venues l’enrichir.

D’autre part, la très grande quantité de pièces que nous avons réussi à réunir pour cette exposition nous permet de penser que nous avons là sans doute l’exposition la plus vaste et la plus complète de photographies de l’époque de la révolution mexicaine à ce jour.

Miguel Ángel Berumen, commissaire de l’exposition.

 

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Dépouillé, les feuilles des agaves donnent avec leurs pointes un mouvement ascendant, tandis que les grands fusils orientent notre regard vers la gauche de la photographie. Cette tension entre les deux mouvements donne à l’ image une dynamique impressionnante.


 

Maya Goded

 

 

WELCOME TO LIPSTICK (Bienvenue à Lipstick)

Ces photographies ont été faites dans une zone rouge proche de la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Cet endroit, isolé par des murs, cache les prostituées au reste de la société. Autrefois très fréquenté, c’est aujourd’hui un territoire dans lequel règnent la violence et l’anarchie, que peu de monde ose visiter. Malgré cette décadence, la lutte de ces femmes pour survivre maintient vivante cette zone rouge.

LAND OF WITCHES (Terre de sorcières)

“Après avoir achevé de réaliser Missing, une série sur les femmes disparues et assassinées à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, j’ai ressenti le besoin de prendre en main mon destin, de faire justice contre l’impunité et d’affronter ma propre peur.

J’ai donc décidé de me rendre à plusieurs reprises au nord du Mexique, dans l’espoir de m’y retrouver et afin de renouer avec mon amour de la photographie.

De ces voyages, j’ai tiré la série photographique Land of Witches.

En Amérique latine, la conquête espagnole a amené, outre la religion catholique, la persécution des femmes soupçonnées de sorcellerie, aussi bien espagnoles qu’indigènes. Les chamans, les sorciers autochtones, possédaient un savoir étendu sur les plantes et l’équilibre entre l’homme et la nature. Malgré les fréquentes chasses aux sorcières, la sorcellerie était pratiquée de manière clandestine et ces croyances vivent encore aujourd’hui dans la campagne mexicaine.

Je suis partie, dans les États les plus catholiques, à la recherche des sorcières mi-européennes, mi-indigènes. Si tous les habitants des petits villages vont à leur rencontre, ils craignent également leur pouvoir. Elles finissent toujours exilées, trop différentes, sans doute, des autres femmes du village.”

Maya Goded


 

Graciela Iturbide

 

Graciela Iturbide est l’une des photographes mexicaines les plus remarquables du paysage contemporain international.

Durant sa carrière, longue d’une quarantaine d’années, elle a bâti une œuvre à la fois intense et profondément singulière.

Cette œuvre est d’ailleurs essentielle pour comprendre l’évolution photographique au Mexique et dans le reste de l’Amérique latine.

Sa contribution et son talent lui ont récemment valu le prix Hasselblad, la plus haute distinction photographique au monde.

Célèbre pour ses portraits d’Indiens seris, qui vivent dans la région désertique de Sonora, pour son regard sur les femmes du Juchitán de l’isthme de Tehuantepec (Oaxaca) ou pour son essai fascinant sur les oiseaux, Iturbide poursuit un parcours visuel qui comprend des pays aussi variés que l’Espagne, les États-Unis, l’Inde, l’Italie, Madagascar, et bien sûr son Mexique natal.

Sa curiosité pour les différentes manifestations de la diversité culturelle lui a permis de faire du voyage une démarche créative. Elle exprime sa passion artistique en ces termes : « photographier comme prétexte pour apprendre à connaître ».

Sa façon d’observer le monde à travers l’objectif associe l’expérience au rêve de manière inhabituelle, en un canevas complexe tissé de références historiques, sociales et culturelles.

La fragilité des traditions ancestrales, leur difficile maintien, l’interaction entre nature et culture, l’importance du rituel dans le langage corporel de tous les jours et la dimension symbolique des paysages et des objets trouvés au hasard sont d’une grande importance dans sa riche carrière. Son travail se caractérise par un dialogue constant entre images, époques et symboles, dans un tableau poétique où se mêlent le rêve, le rituel, la religion, le voyage et la communauté.

 

 


 

Gabriel Figueroa

 

 

Le regard de Gabriel Figueroa Mateos (1907-1997) embrasse plus d’un demi-siècle d’histoire du cinéma mexicain.

Dans sa trajectoire prolifique de créateur d’images, il a été portraitiste en studio, reporter graphique, photographe de plateau, éclairagiste, chef opérateur, directeur de la photographie et figure emblématique d’une usine à rêves qui a offert à plusieurs générations de Mexicains un divertissement et une éducation sentimentale.

La filmographie de Gabriel Figueroa se compose de plus de deux cents pellicules.

Le photographe y a prouvé son habileté technique, sa maîtrise recherchée du cadrage et du clair-obscur, son affinité avec l’esthétique des autres arts plastiques, ainsi que sa capacité à s’adapter au rythme des transformations d’un art qui était autant une industrie qu’un spectacle.

Son talent pour les lumières et pour la caméra a été reconnu dans les festivals de films les plus importants du monde, et réclamé par des réalisateurs de l’envergure d’un John Ford, d’un Luis Buñuel et d’un John Huston. L’exposition, conçue comme une installation vidéographique, propose un passage en revue synthétique de l’iconographie animée du photographe qui a porté au grand écran les passions, les visages et les paysages d’un peuple élu par le soleil et assombri par la tragédie.

Pendant ce trajet, le spectateur pourra découvrir, même de façon fragmentaire, la diversité des genres qu’a fréquentés Figueroa en tant que cinéaste : des thrillers, des comédies, des tragi-comédies, des mélodrames, des épopées historiques, ou encore des adaptations de romans et de romans-feuilletons.

Traversée des mondes réels ou illusoires que le regard d’un photographe a permis de voir, d’entrevoir ou d’imaginer, l’exposition est surtout la confirmation de l’existence d’une multitude de Mexiques, certains d’entre eux n’étant qu’un effet de la séduction des images.


 

Enrique Metinides

 

Enrique Metinides - Regis Hotel, Mexico, 1985, après le tremblement de terre du 19 septembre.

101 Tragédies est un ensemble de photographies et de récits choisis et narrés par le photographe mexicain Enrique Metinides.

Il se souvient de tout : des rues, des personnages, des familles, de la tristesse, mais aussi de l’héroïsme des sauveteurs et du « public » de badauds, reconnaissants d’être simples spectateurs et non impliqués dans les drames auxquels ils assistent.

Metinides classe ses images par type : accident de train, de vélo, de voiture ou de bus, crash aérien, suicide, meurtre, pendaison, noyade Tout y est méticuleusement classé, stocké, enregistré. Il invente un ordre à partir du chaos, de la folie, dont il est le témoin photographique.

L’oeuvre exceptionnelle de Metinides se démarque de la photographie de presse à scandale d’aujourd’hui, la « Nota Roja » qui se vend encore dans les rues de Mexico. Ses images diffèrent du sensationnalisme contemporain : si elles sont puissantes, elles font souvent preuve d’un humanisme propre, d’un sens du détail et d’une conscience à la fois de l’accident et du contexte culturel. Sa photographie, tantôt cinématographique, tantôt intime, se présente sous la forme de courtes narrations : des films à une seule image, pourrait-on dire.

Enfant, Metinides adorait aller au cinéma et photographier l’écran pour obtenir des images fixes. Cette influence est visible dans sa photographie. Il vit entouré d’une collection de DVD qui comprend aussi bien James Cagney que des films d’action récents avec des poursuites en voiture spectaculaires. Réalisateur d’instantanés. Metinides, qui a travaillé à Mexico toute sa vie, n’a que rarement quitté la ville et jamais le pays, mais y a sans doute vécu plus de choses que la plupart d’entre nous. Depuis qu’il a pris sa retraite de la rue, il a entamé une série d’œuvres qui revisitent les scènes dont il a été témoin et qu’il a documentées.

Il crée des images hybrides en incorporant dans le cadre les jouets de son immense collection de policiers, pompiers et ambulanciers miniatures, qu’il place au premier plan devant ses photographies, comme le décor d’une adaptation cinématographique d’un travail antérieur. Il réalise ainsi de nouvelles œuvres à la lisière de l’innocence enfantine, de l’horreur et de l’absurde. Metinides n’appartient pas à la catégorie tabloïd, celle qui caractérise notre millénaire : son œuvre a peu de rapport avec le sensationnalisme conventionnel d’aujourd’hui ou les narco-sagas qui représentent le Mexique contemporain dans les médias.

Son travail est unique parce qu’il est guidé par une réflexion personnelle qui s’étend sur une vie entière. 101 Tragédies est une série de films à une seule image. Narration par Metinides. En images et en mots.


 

Daniela Rossell

 

Daniela Rossell - Harem, 2002

 

UNIVERS PRIVÉS, ILLUSIONS PUBLIQUES

Une image en particulier de Ricas y famosas témoigne très clairement de la relation complexe et complice qui sous-tend le travail de la photographe Daniela Rossell sur l’identité, le quotidien et l’imagerie des Mexicains de classe supérieure. Devant une fresque orientaliste qui dépeint un harem, huit femmes prennent la pose, telles des odalisques.

[...]Si les odalisques de la peinture se montrent indifférentes à notre visite imaginaire, les odalisques « réelles » font face à l’appareil, affichant une conscience de soi démesurée, regardant presque l’objectif. [...]Si les huit femmes possèdent toutes une forme d’audace vis-à-vis de l’image photographique, elles semblent également en avoir peur.

Elles savent qu’elles font de leurs visages et de leurs corps un produit disponible à la consommation publique ; elles empruntent pour l’occasion les poses conventionnelles du cinéma ou de la presse. Outre les papiers que les femmes ont dû signer pour dispenser la photographe de toute accusation d’atteinte à la vie privée, les photographies elles-mêmes témoignent indéniablement de l’existence d’un contrat. Ces femmes imposent au regard public l’univers qu’elles se sont créé. Elles théâtralisent non seulement leur abondance de moyens, mais également le kitsch excessif qui peuple le monde fait d’illusions qu’elles se sont construit.

L’aspect radical des images de Rossell n’est pas uniquement dû au fait qu’elles parviennent à franchir le seuil de maisons protégées par des gardes du corps – la presse à scandale et les pages « société » des quotidiens y parviennent déjà, sans faire sourciller qui que ce soit. (...) Plutôt que de nous présenter la manière dont vivent les classes privilégiées, Ricas y famosas fait apparaître la manière dont celles-ci voudraient vivre : ce qu’elles s’imaginent être. Les photographies de Rossell représentent toujours une multitude contradictoire de fantasmes provenant pèle-mêle de boutiques d’antiquités, de grands magasins, de safaris.

Elles documentent l’effort désespéré d’une classe sociale spécifique de créer un « ailleurs » pour se distinguer de la misère rurale la plus abjecte. [...] Ricas y famosas est donc un guide de voyage détaillant une série de Disneyland tropicaux pseudo-aristocratiques : des décors d’évasion habités autant par les fantômes de l’iconographie révolutionnaire priísta, les animaux empaillés et – plus souvent qu’on ne le voudrait – des œuvres d’art. [...]

Souvent, le rôle de l’art contemporain est moins de faire un commentaire que d’inciter au commentaire. [...] Le mérite de Rossell n’est pas tant d’avoir produit une thèse sur les gens dont elle a fait le portrait, mais plutôt d’avoir fait circuler des objets visuels qui forcent les spectateurs à se représenter en public. (...) L’art de Rossell est un art de la provocation, en ce sens qu’il provoque des commentaires en cascade.